Bonjour douleur

Bordel, la revoilà
et voilà
plus rien d’autre ne fait sens
parce que rien ne fait le poids
le temps et l’espace se figent

elle est là

dans le moindre bruit
dans le silence qui sépare chacun de ces bruits
dans toute particule de matière
autour et au-dedans du corps
dans chaque instant
formant les secondes
qui forment les minutes
et puis les heures

elle est là

dans la menuiserie de cette porte
ouverte ou fermée
dans les rides de cette peau
réelle(s) ou imaginée(s)
dans les plis des draps du lit
fait ou défait
dans lequel l’on dort ou ne dort pas
même dans le vent
qu’il soit léger
qu’il soit violent
qu’il soit brûlant
qu’il soit trop froid
dans l’eau qui stagne
qui coule
que l’on vomit
et que l’on boit

elle est là

elle est là

et c’est comme si elle existait malgré moi
en parfaite autonomie

elle me toise et elle me dit:

« REGARDE-MOI!
regarde-moi
car je suis ce pourquoi tu souffres
ce pourquoi tu ris
ce pourquoi tu souffles
ce pourquoi tu cours
ce pourquoi tu gémis
au fond
ou juste au bord du gouffre »

 

moi je la regarde et je lui dis:

« Certes ma mie
vous habitez ma vie
mais vous n’êtes pas ce pourquoi je vis

moi je vis pour l’amour

avec ou sans vous
trop souvent malgré vous

je vis pour l’amour

à chaque carrefour
aux mille détours

je vis pour l’amour

et je le retrouve
à chaque encoignure de mur
de dorure
de parure
dans la moindre menuiserie
de toutes les portes et de toutes les fenêtres
que celles-ci soient fermées ou bien ouvertes

je vis pour l’amour

et dans chacun des plis
des draps de tous les lits
des rides de tout visage
je le vois

je le vois comme je vous vois
réel(le) ou fantasmé(e)
et mon coeur encore, oui encore, 
se plaît à chavirer.»

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