J’avais tissé une toile faite de rêves
pour soutenir cette âme
qui ne demandait qu’à tomber
cousue à la va-vite, la toile était fragile
et les fils s’accrochaient au moindre problème
il suffisait qu’un seul d’entre eux
cède sous le poids des jours
pour que l’ouvrage entier s’en trouve dépecé
et alors là
tout menaçait de s’écrouler
et alors là
à nouveau
cette âme pouvait chuter
le vide est immense
et semble de ne pas connaître de fin
il fallait donc trouver quelque chose
vite
n’importe quoi
pour retenir cette âme
Les illusions ne tiennent pas
et parfois viennent à manquer
je proposais donc à cette âme de compter
parce que compter, c’est pratique
ca évite de penser
et ca suppose qu’après
avec les chiffres
on fera quelque chose d’utile
quelque chose de pratique et d’utile
d’utile et de pratique
pour berner cette âme
pour berner la gravité
pour berner tristesse
qui dort d’un sommeil toujours trop léger
qui, à chaque instant
menace de se réveiller
mais berner tristesse, ce n’est pas simple
elle est maligne
et elle a horreur des mensonges
et surtout
elle se fout pas mal
de tout ce qui est pratique et utile
Heureusement parfois la vie
accrochait ses lampions de lumière dans la nuit
elle me fournissait la matière
pour retisser mon tapis
un tapis de prières
hapte à survoler
ma propre colère
et la méchanceté
donc je retissais
chaque jour et sans relâche
avec de nouveaux fils
mais toujours les mêmes aiguilles tordues
qui piquent les doigts
et font des noeuds d’angoisse
et à jamais dans la hâte
de peur de perdre cette âme
dans le néant infini de sa douleur