Grandir;
désormais familière
avec l’usage du faux sourire
j’ai cousu mes paupières
pour échapper au pire:
la souffrance d’autrui éclairée par les réverbères
sous mes yeux ébahis brûlés par la lumière
oui pour échapper au pire
j’ai cousu mes paupières
avec l’usage des faux sourires
oui je suis familière
Grandir;
j’ai appris pour traverser les nuits
à mettre mon cœur bien à l’abri
sous d’épaisses couches de vernis
pour échapper à la souffrance
quand rejetée par autrui
et supporter le silence
quand je donnais ma vie
oui pour survivre à la nuit
c’est mon cœur que j’ai verni
sous des couches épaisses
pour le mettre à l’abri
Grandir;
ma peau frôle aujourd’hui
les frontières de ce monde
ce monde que j’ai fait mien
en acceptant ses codes
et mes rêves se fracturent
au contact des murs
que j’ai laissé debouts
de peur de finir en-dessous
Grandir;
je voudrais finalement
découdre mes paupières
mais mes yeux maintenant
supporteront-ils la lumière ?
je voudrais tout compte fait
ôter l’épais vernis
oui mais voilà mon coeur
survivra-t-il à la vie ?